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Troubles digestifs
Comprendre ce qui se passe, de la bouche au côlon
« Pourquoi je digère mal ? »
Lorsque vous me consultez, c’est le plus souvent pour un trouble localisé à l’estomac ou à l’intestin.
Toutefois, la digestion est une chaîne qui commence dès l’étape de préparation des repas : chaque organe prépare le travail du suivant. Quand un maillon fonctionne mal, les répercussions apparaissent aux maillons suivants.
D’ailleurs, résoudre un trouble digestif se limite rarement à l’organe où les symptômes se manifestent. Les causes sont le plus souvent multifactorielles, et la consultation demande un travail à plusieurs niveaux :
- Identifier les causes des troubles, pour agir dessus.
- Repérer les fonctions perturbées de l’organe. Pour l’intestin, il peut s’agir de sa perméabilité, de son microbiote, de sa motricité ou du système immunitaire qui y réside. Je détaille ces aspects organe par organe ci-dessous.
- Soulager les symptômes.
- Prendre en charge les répercussions sur les autres sphères de l’organisme.
Vous vous en doutez : un organe dont le fonctionnement est perturbé depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, perturbe à son tour le fonctionnement d’autres organes. C’est pourquoi les troubles digestifs s’accompagnent souvent de troubles extra-digestifs.
Il existe des liens multiples entre l’interface hépato-digestive (à savoir : la bouche, l’œsophage, l’estomac, le foie, la vésicule biliaire, les intestins) et le système endocrinien, le système immunitaire, le système nerveux. Et tous ces systèmes nécessitent à leur tour des cellules en état de fonctionner.
La bouche, « fausse » première étape de la digestion
La digestion ne commence pas dans l’estomac, mais avant la première bouchée.
La phase céphalique (ou phase « de la tête »)
La vue, l’odeur et le goût des aliments préparent la suite : ce sont des stimuli qui déclenchent un signal partant du cerveau et passant par le nerf vague, pour stimuler les sécrétions de l’estomac, du pancréas et de la vésicule biliaire. Ne pas cuisiner, manger vite ou distrait court-circuite cette préparation.
La bouche
En bouche, deux actions complémentaires transforment les aliments en bol alimentaire, une pâte molle prête à être avalée : la mastication, action mécanique, et l’insalivation, action chimique. Ce qui se passe à cette étape conditionne la qualité de tout ce qui suit.
La mastication, première étape de la digestion mécanique
La mastication a trois effets :
- elle fragmente les aliments, c’est la première étape de la digestion mécanique ;
- elle les mélange à la salive, ce qui facilite la déglutition ;
- elle multiplie la surface de contact entre les aliments et les enzymes digestives.
Ce dernier point est essentiel : les enzymes n’attaquent les aliments qu’en surface. Un aliment mal mâché arrive en morceaux trop gros, plus difficiles à digérer. Pas de digestion, pas d’assimilation et un risque de fermenter plus loin dans l’intestin.
La salive, première étape de la digestion chimique
La salive est composée à 99,5 % d’eau, d’électrolytes, et de substances actives :
- Digestive : Première phase de digestion des glucides avec l’amylase salivaire, et des lipides avec la lipase linguale. Elle permet aussi de lubrifier les aliments.
- Antimicrobienne : Défend la bouche contre les micro-organismes grâce au lysozyme et aux anticorps (immunoglobulines A sécrétoires, premières défenses immunitaires de la muqueuse) ;
- Gustative : Dissout les particules alimentaires et stimule les récepteurs du goût
- Protection des dents : Rince en permanence la denture et participe à la reminéralisation de l’émail grâce à ses minéraux
Le microbiote oral
La bouche abrite le deuxième microbiote le plus riche du corps après l’intestin. Son déséquilibre est associé aux maladies des gencives et l’apparition de caries et peut jouer le rôle de foyer infectieux impactant l’estomac et l’intestin.
Ce que je vérifie en consultation
Les indices d’un déséquilibre buccal
- Les signes de sécheresse buccale : soif, difficulté à avaler les aliments secs, brûlures
- Les signes de déséquilibre local : mauvaise haleine persistante, langue chargée, gencives qui saignent, aphtes récurrents, caries, parodontites
Le terrain et le mode de vie qui influencent son bon fonctionnement
- Le comportement alimentaire : durée et vitesse des repas, nombre de mastications, environnement (écrans, travail, stress)
- Le stress, qui réduit la production de salive
- L’hydratation
- L’état dentaire et gingival, et un suivi régulier chez le dentiste
- La respiration buccale
- Certains médicaments qui assèchent la bouche
- Le tabac, les sucres raffinés et l’usage répété de bains de bouche antiseptiques
- Les apports qui soutiennent les muqueuses buccales : vitamine C, vitamines du groupe B, fer, zinc
- Les polymorphismes génétiques et une immunité peu active
Une plaie, une tache ou une grosseur dans la bouche qui ne disparaît pas en deux à trois semaines doit être montrée à votre médecin ou à votre dentiste.
L’estomac : acidité, muqueuse et vidange
En consultation, avec ou sans symptômes gastriques, je questionne toujours avec rigueur le bon fonctionnement de l’estomac.
Eh oui ! L’estomac n’est pas un simple réservoir. Il prépare la digestion des protéines, protège l’organisme contre les micro-organismes et conditionne l’absorption de plusieurs nutriments. Certains symptômes signalent clairement que son fonctionnement est perturbé : reflux, brûlures d’estomac, gastrite ou lourdeur après les repas. D’autres signes, moins évocateurs, peuvent aussi y être liés : une satiété précoce, des carences en certaines vitamines et minéraux, ou encore un SIBO.
Le rôle de l’estomac
L’estomac assure trois fonctions :
1. Brasser et vidanger
Après le repas, l’estomac brasse son contenu puis le libère progressivement dans l’intestin grêle, par petites quantités. Ce rythme est finement régulé. Une vidange trop lente donne une sensation de lourdeur, une satiété rapide, des nausées et peut favoriser le reflux. Une vidange trop rapide peut provoquer malaises et diarrhées après le repas.
Ce que je vérifie en consultation
La composition de vos repas (en protéines, lipides, glucides) et leur durée, une cause pathologique comme le diabète, la prise de médicaments ayant des effets connus sur la vidange, une fonction thyroïdienne sous-optimale, un système parasympathique sous-activé etc…
2. Produire le bon niveau d’acidité
Chaque jour, l’estomac sécrète 1,5 à 3,5 litres de suc gastrique. Ce suc contient des enzymes ainsi que de l’acide chlorhydrique, dont les rôles sont multiples :
- Digérer les protéines : il les déplie et active la pepsine, l’enzyme qui commence à les découper
- Préparer l’absorption de certains nutriments : fer, vitamine B12, calcium, zinc
- Protéger : antibactérien naturel, il détruit une grande partie des bactéries et levures ingérées et limite leur prolifération dans l’intestin grêle
- Déclencher la suite : l’arrivée du contenu acide dans le duodénum stimule les sécrétions du pancréas et de la vésicule biliaire
Cette sécrétion est finement régulée par des hormones produites par la paroi gastrique, comme la gastrine, qui l’ajustent au contenu du repas.
Une acidité insuffisante peut passer inaperçue. Elle peut se manifester par une lourdeur après les repas riches en protéines, des éructations, des ballonnements, voire certains reflux. Elle favorise aussi des déficits micronutritionnels, une stimulation insuffisante de la vésicule biliaire et du pancréas, et une mauvaise digestion des protéines qui nourrit les dysbioses intestinales de putréfaction. En effet, si vous n’assimilez pas vos protéines, d’autres s’en chargeront à votre place : votre microbiote intestinal !
À l’inverse, un excès d’acidité (hyperchlorhydrie), plus rare, peut agresser la muqueuse et favoriser gastrite et ulcère.
Ce que je vérifie en consultation
La fonction thyroïdienne, le stress chronique, les aliments qui stimulent ou tamponnent l’acidité, l’énergie disponible pour les cellules productrices d’acide (fonction mitochondriale), la présence de troubles liés à l’histamine etc…
3. Une fonction barrière et une muqueuse gastrique intègre
Pour résister à sa propre acidité, l’estomac est tapissé d’une couche de mucus riche en bicarbonates, renouvelée en permanence. La muqueuse produit aussi le facteur intrinsèque, sans lequel la vitamine B12 ne peut pas être absorbée.
Quand cette protection est fragilisée, la muqueuse s’enflamme : c’est la gastrite. Elle peut provoquer des brûlures, des douleurs à l’estomac et, si elle dure, réduire la production d’acide et de facteur intrinsèque et dans les cas les plus graves évoluer vers un ulcère.
Cela peut surprendre, mais une sensation de brûlure ne signifie pas toujours un excès d’acidité : elle traduit souvent une muqueuse fragilisée. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) soulagent les symptômes, mais ne traitent pas toujours la cause, et leur prise prolongée n’est pas sans conséquences, notamment sur l’absorption du fer, de la vitamine B12 et du magnésium.
Voici donc le combo gagnant d’une fonction gastrique complète et efficace : une acidité suffisante et non excessive, une muqueuse saine et une vidange au bon rythme.
Ce que je vérifie en consultation
Les indices d’un dysfonctionnement gastrique
- Le profil de vos symptômes : leur nature, leur moment (pendant ou après le repas, à jeun, la nuit) et les aliments qui les déclenchent
- Les marqueurs biologiques disponibles : ferritine, vitamine B12, zinc. J’analyse vos bilans récents et, si besoin, je suggère à votre médecin des examens complémentaires.
- Les examens d’imagerie, de PH-métrie, d’impédance métrie
Le terrain qui a pu fragiliser cette fonction
- Votre historique : traitements prolongés anti-acides ou IPP, recherche ou traitement d’H. pylori, prise d’anti-inflammatoires (AINS), consommation d’alcool et de tabac
- L’organisation des repas : volume, rythme, densité en graisses qui ralentissent la vidange, stress au moment de manger
- Les situations médicales : la présence d’une hernie hiatale (reflux), etc.
- L’âge, avec une baisse progressive de l’acidité
En cas de difficulté à avaler, de vomissements de sang, de selles noires ou de perte de poids inexpliquée, consultez votre médecin sans attendre.
Le foie et la bile, les grands oubliés des troubles digestifs
On pense rarement au foie quand on parle de digestion. Pourtant, il produit chaque jour 0,7 à 1,2 litre de bile, sans laquelle les graisses de notre alimentation ne pourraient pas être digérées ni absorbées. En consultation, je vérifie systématiquement que cette étape fonctionne, car elle conditionne aussi l’équilibre du microbiote en aval.
Le trajet de la bile
La bile est produite en continu par le foie, puis stockée et concentrée dans la vésicule biliaire entre les repas. Au moment du repas, la vésicule se contracte et libère la bile dans le duodénum, au même endroit que le suc pancréatique.
Cette libération est déclenchée par des hormones intestinales :
- La cholécystokinine (CCK), sécrétée lorsque des graisses et des protéines arrivent dans le duodénum : elle fait contracter la vésicule.
- La sécrétine, libérée au contact du contenu acide venu de l’estomac : elle enrichit la bile et le suc pancréatique en bicarbonates, qui neutralisent cette acidité.
C’est là que l’on retrouve la chaîne digestive : une acidité gastrique insuffisante ou des protéines mal digérées en amont se traduisent par une stimulation biliaire plus faible.
Le rôle des acides biliaires
Les acides biliaires sont fabriqués par le foie à partir du cholestérol. C’est d’ailleurs la principale voie par laquelle l’organisme élimine son cholestérol. Dans l’intestin, ils remplissent plusieurs fonctions :
- Émulsionner les graisses : comme un liquide vaisselle, ils fragmentent les gouttelettes de graisse en très petites particules, sur lesquelles la lipase pancréatique peut agir.
- Permettre leur absorption : ils transportent les graisses digérées jusqu’à la paroi intestinale, ainsi que les vitamines liposolubles A, D, E et K.
- Réguler le microbiote : leur action antimicrobienne contribue à limiter la prolifération bactérienne dans l’intestin grêle.
- Éliminer certaines substances : la bile sert aussi de voie d’élimination pour des hormones (dont les œstrogènes), des résidus de médicaments et des polluants, évacués ensuite dans les selles.
Le cycle entéro-hépatique : un recyclage très efficace
Les acides biliaires suivent un circuit en plusieurs étapes, au cours duquel ils changent de forme :
- Dans le foie, production des acides biliaires primaires. Le foie transforme le cholestérol en deux acides biliaires primaires : l’acide cholique et l’acide chénodésoxycholique.
- Dans le foie, conjugaison. Ces acides sont ensuite associés à un acide aminé, la glycine ou la taurine. Devenus des sels biliaires conjugués, ils sont plus solubles et bien plus efficaces pour émulsionner les graisses. Ils sont alors stockés dans la vésicule.
- Dans l’intestin grêle, action digestive. Libérés au moment du repas, ils émulsionnent les graisses et forment de minuscules transporteurs, les micelles, qui les amènent jusqu’à la paroi intestinale.
- À la fin de l’intestin grêle, recyclage. Environ 95 % des sels biliaires sont réabsorbés et renvoyés au foie par la veine porte, pour être réutilisés. Ce recyclage se répète plusieurs fois par jour.
- Dans le côlon, transformation par le microbiote. La petite fraction qui atteint le côlon est déconjuguée par les bactéries, puis transformée en acides biliaires secondaires (acide désoxycholique, acide lithocholique). Une partie est réabsorbée, le reste est éliminé dans les selles.
Cet équilibre compte : les acides biliaires secondaires sont utiles à faible dose, mais irritants pour la muqueuse lorsqu’ils sont en excès. Et en cas de prolifération bactérienne dans l’intestin grêle, la déconjugaison se produit trop tôt : les sels biliaires perdent leur efficacité avant d’avoir fini leur travail, et la digestion des graisses en pâtit.
Le foie, la bile et le microbiote fonctionnent donc en boucle : un microbiote déséquilibré perturbe la transformation des acides biliaires, et une bile insuffisante favorise à son tour la dysbiose.
Quand la fonction biliaire est perturbée
Une bile insuffisante, trop épaisse ou mal libérée se traduit souvent par :
- une digestion difficile des repas gras, avec lourdeur, nausées, ballonnements ou diarrhées
- une gêne sous les côtes, du côté droit
- des selles claires, grasses ou flottantes
- des carences en vitamines liposolubles (A, D, E, K)
- une dysbiose ou une prolifération bactérienne dans l’intestin grêle
- une moindre élimination du cholestérol, qui peut contribuer à son augmentation
- une élimination moins efficace de certains médicaments et polluants
- une moindre élimination des œstrogènes, qui peut participer à certains déséquilibres hormonaux, comme un SPM
- une irritation de la muqueuse du duodénum, lorsque l’acidité venue de l’estomac est moins bien neutralisée par les bicarbonates de la bile et du suc pancréatique
Une bile qui stagne dans la vésicule favorise aussi la formation de boues et calculs biliaires.
Ce que je vérifie en consultation
Les indices d’une fonction biliaire perturbée
- Vos symptômes : tolérance aux repas gras, nausées, gêne sous les côtes à droite, SPM
- L’aspect de vos selles : couleur, consistance, selles grasses ou flottantes
- Les marqueurs biologiques disponibles : bilan hépatique, vitamines D et A, échographie prescrite par votre médecin
- Les analyses biologiques spécialisées : elles m’orientent vers l’étape du circuit des sels biliaires qui dysfonctionne (voir schéma) : la synthèse, la conjugaison, l’excrétion par la vésicule ou la réabsorption
Le terrain qui a pu fragiliser cette fonction
- Ce qui arrive des étages supérieurs : acidité gastrique insuffisante, protéines mal digérées
- Votre alimentation : régimes très pauvres en graisses ou en protéines, jeûnes répétés ou perte de poids rapide, qui laissent la bile stagner
- La fonction thyroïdienne, qui influence le flux biliaire
- Votre statut hormonal : contraception, grossesse, ménopause
- Une ablation de la vésicule biliaire, qui modifie la libération de la bile
- Une dysbiose de l’intestin grêle ou du côlon, qui perturbe le cycle entéro-hépatique
En cas de jaunisse, de douleur intense sous les côtes à droite ou de fièvre, consultez votre médecin sans attendre.
L’intestin grêle, le lieu de l’absorption
C’est dans l’intestin grêle que les aliments sont digérés jusqu’à leurs plus petites unités, puis absorbés. Long de plusieurs mètres, il est aussi une frontière active entre l’intérieur du corps et le monde extérieur. En consultation, j’évalue trois piliers, communs à l’intestin grêle et au côlon : la fonction barrière, la motricité et le microbiote.
La digestion enzymatique
Trois acteurs se relaient :
- Le pancréas libère les enzymes qui découpent protéines, graisses et glucides, ainsi que des bicarbonates qui neutralisent l’acidité venue de l’estomac
- La bile, produite par le foie et stockée dans la vésicule, émulsionne les graisses pour les rendre digérables et permet l’absorption des vitamines A, D, E et K
- La bordure en brosse de la paroi intestinale achève le travail avec ses propres enzymes, comme la lactase, qui digère le lactose
L’absorption
C’est dans l’intestin grêle que nous absorbons ce que nous mangeons. La paroi de l’intestin grêle est plissée en villosités, elles-mêmes couvertes de microvillosités. Cette architecture démultiplie la surface d’échange. Quand elle s’abîme, sous l’effet d’une inflammation ou d’une maladie cœliaque, l’absorption diminue et des carences s’installent.
La barrière intestinale
La muqueuse intestinale filtre de manière sélective les molécules qui passent dans la circulation sanguine (nutriments, eau, minéraux) et celles qui seront éliminées dans les selles. Cette sélectivité repose sur trois lignes de défense complémentaires :
- Le mucus : un gel qui tapisse la paroi, la lubrifie et tient les bactéries à distance des cellules.
- Les jonctions serrées : des « coutures » qui relient les cellules intestinales entre elles et contrôlent ce qui passe entre elles.
- La barrière immunitaire : la paroi intestinale héberge une large part de notre système immunitaire, qui surveille en permanence ce qui la traverse et produit des anticorps protégeant la muqueuse.
Lorsque l’une de ces lignes cède, la barrière devient trop perméable. Des toxines, des fragments bactériens (lipopolysaccharides ou LPS) ou alimentaires peuvent alors la franchir et passer dans la circulation sanguine, entretenant une inflammation de bas grade aux répercussions multiples. On parle alors de syndrome de l’intestin perméable (leaky gut) ou d’hyperperméabilité intestinale.
Si le syndrome de l’intestin perméable (leaky gut) n’est pas reconnu comme une maladie à part entière en médecine conventionnelle, l’hyperperméabilité intestinale est un phénomène biologique bien documenté. Elle accompagne notamment le syndrome de l’intestin irritable, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et certaines maladies auto-immunes.
Ce que je vérifie en consultation
- L’état des symptômes : ballonnements, gaz et douleurs abdominales, fatigue chronique, troubles du transit (diarrhée ou constipation), douleurs articulaires ou sensibilités alimentaires
- La présence de biomarqueurs de l’hyperperméabilité
- Les déficits ou carences en micronutriments nécessaires à la fonction barrière (vitamine A, vitamine D, zinc…)
- La présence de mécanismes entraînant ou aggravant l’hyperperméabilité intestinale, comme :
- Le microbiote et l’immunité : dysbiose intestinale, inflammation chronique, réponse inadaptée du système immunitaire
- L’alimentation : produits ultra-transformés, consommation excessive d’alcool, déficiences en nutriments
- Les médicaments et toxiques : certains médicaments, polluants environnementaux
- Le mode de vie et le transit : stress chronique, excès de sport, constipation chronique
- La présence de fragments alimentaires insuffisamment digérés, en excès ou mal tolérés, et de composés alimentaires pouvant fragiliser la barrière chez les personnes sensibles :
- Les prédispositions génétiques / mutations
La motricité
Pendant la digestion, l’intestin grêle alterne deux types de contractions : la segmentation, qui mélange le chyme aux sucs digestifs, et le péristaltisme, qui le fait progresser. Ces mouvements sont pilotés par le système nerveux de l’intestin et modulés par le système nerveux autonome : le système parasympathique, actif au repos, les stimule, tandis que le système sympathique, activé par le stress, les freine.
Entre les repas, l’intestin grêle effectue un balayage régulier, le complexe moteur migrant (CMM). Cette vague de vidange pousse les résidus et les bactéries vers le côlon. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’intestin grêle contient normalement beaucoup moins de bactéries que le côlon. Si ce balayage est perturbé, les bactéries peuvent y proliférer : c’est la pullulation microbienne de l’intestin grêle (SIBO, IMO, ISO).
Ce que je vérifie en consultation
- La présence de grignotage (qui met à l’arrêt le CMM)
- L’espacement suffisant des repas
- La suractivation du système sympathique
- La présence d’une dysbiose du grêle. Certains gaz produits par les micro-organismes, notamment le méthane, produit uniquement par les archées responsables de l’IMO, diminuent la force et la fréquence des contractions intestinales (hypomotilité) : le transit s’allonge, ce qui favorise la constipation
- Un ralentissement thyroïdien
- Les gastro-entérites et intoxications alimentaires, qui peuvent perturber durablement la motricité
- Les antécédents de chirurgie abdominale (adhérences)
- La présence d’endométriose
Le microbiote de l’intestin grêle
L’intestin grêle abrite naturellement peu de micro-organismes. Plusieurs mécanismes les y maintiennent en faible quantité : l’acidité gastrique, la bile, le balayage du complexe moteur migrant et la barrière immunitaire. Quand ces verrous lâchent, une prolifération peut s’installer :
- SIBO : Prolifération excessive de bactéries dans l’intestin grêle, caractérisée par une surproduction d’hydrogène (H₂)
- IMO : prolifération d’archées productrices de méthane pouvant toucher le grêle ou le côlon, souvent associée à la constipation
- ISO : surproduction de sulfure d’hydrogène (H₂S)
- SIFO : prolifération de levures, comme Candida
Ces déséquilibres se traduisent souvent par des ballonnements précoces après le repas et une sensibilité accrue aux glucides fermentescibles ou aux protéines. Ces derniers aggravent les symptômes, mais n’en sont pas la cause : c’est pourquoi je recherche ce qui a permis la prolifération, notamment une acidité gastrique ou une sécrétion biliaire insuffisante.
D’abord, on se pose ensemble la question : pourquoi existait-il un terrain ayant permis cette prolifération et comment le rétablir ? Il faut identifier votre terrain pour individualiser la prise en charge.
Ce que je vérifie en consultation
Les indices d’une dysbiose du grêle
- Le délai d’apparition des symptômes : des ballonnements qui surviennent rapidement après le repas orientent vers l’intestin grêle plutôt que vers le côlon
- L’aspect des selles : selles grasses, flottantes ou contenant des aliments non digérés
- Les signes de malabsorption : carences en fer, B12, folates, vitamine D, perte de poids
- Les intolérances alimentaires : lactose, fructose, FODMAP
- Les tests respiratoires : j’interprète les tests de dépistage du SIBO dans votre contexte clinique.
Le terrain qui a permis la prolifération
- Une acidité gastrique insuffisante en amont
- Une sécrétion pancréatique ou biliaire insuffisante
- La présence de facteurs perturbant la fonction gastrique
- La présence de facteurs perturbant la motilité
- La présence de facteurs perturbant la fonction barrière (l’immunité, le mucus ou les jonctions serrées)
- Votre historique et mode de vie
Ensuite, je mets en place, sur plusieurs mois, une prise en charge adaptée à votre type de SIBO pour aider le corps à s’en débarrasser. L’éradiquer nécessite souvent plusieurs cycles d’intervention selon le type de SIBO, son ancienneté, votre terrain.
En cas de diarrhée persistante, de perte de poids inexpliquée ou d’anémie, consultez d’abord votre médecin : certaines maladies, comme la maladie cœliaque, doivent être recherchées avant toute éviction alimentaire.
Le côlon, le territoire du microbiote
Le côlon reçoit ce que l’intestin grêle n’a pas absorbé. Il abrite la plus grande partie de notre microbiote, réabsorbe l’eau et façonne nos selles. Loin d’être un simple lieu d’élimination, c’est un organe métaboliquement très actif.
Le microbiote colique
Près de 40 000 milliards de micro-organismes, essentiellement des bactéries, vivent dans notre intestin, en grande majorité dans le côlon. Ensemble, ils remplissent des fonctions que notre corps ne sait pas assurer seul :
- Ils digèrent les fibres que nous ne savons pas digérer
- Ils produisent certaines vitamines, comme la vitamine K2 et des vitamines du groupe B
- Ils transforment les acides biliaires venus du foie
- Ils éduquent le système immunitaire et occupent le terrain face aux germes pathogènes
- Ils participent au métabolisme des œstrogènes, un lien direct avec l’équilibre hormonal
La diversité de ce microbiote compte : une faible diversité est associée à plusieurs troubles de santé, notamment métaboliques, ce qui en fait un indicateur utile, mais non suffisant à lui seul, de l’équilibre du microbiote. Elle peut être estimée par l’indice de Shannon, calculé lors d’une analyse du microbiote par séquençage. Ces analyses donnent des repères utiles, mais leur interprétation clinique est encore en cours de validation : je les lis toujours à la lumière de vos symptômes.
Bonnes ou mauvaises bactéries ? C’est plus nuancé. Une même bactérie peut être bénéfique ou nuisible selon sa quantité et son environnement. On distingue plutôt trois familles :
- Les bactéries symbiotiques, qui vivent en partenariat avec nous : chacun y gagne. En excès, certaines peuvent toutefois devenir gênantes.
- Les bactéries opportunistes, non pathogènes, mais qui, en excès, prennent la place des bactéries symbiotiques et nous privent de leurs bienfaits.
- Les bactéries pathogènes ou pathobiontes, qui deviennent nuisibles à partir d’une certaine quantité.
Quand l’équilibre entre ces familles se rompt, on parle de dysbiose. En micronutrition, j’utilise une grille de lecture qui distingue plusieurs profils de dysbiose. Elle ne remplace pas un diagnostic médical, mais m’aide à orienter la prise en charge :
| Dysbiose | Ce qui la caractérise | Origines fréquentes |
|---|---|---|
| Par appauvrissement du microbiote (Côlon) | Perte de diversité et de bactéries bénéfiques | Alimentation pauvre ou restrictive, antibiotiques répétés |
| De fermentation (Grêle ou côlon) – Action de bactérie sur les glucides et fibres fermentescibles | Gaz audibles et ballonnements, fréquente dans le syndrome de l’intestin irritable | Antibiotiques répétés, manque de fibres prébiotiques, régime pauvre en FODMAP prolongé, diminution du pool biliaire |
| De putréfaction (Grêle ou côlon) – Action de bactérie sur les protéines | Excès de bactéries qui dégradent les protéines, production de composés irritants pour la muqueuse comme l’ammoniac, le sulfure d’hydrogène, les amines et les phénols responsables de gaz malodorants | Alimentation riche en viande et en graisses et pauvre en fibres, protéines mal digérées en amont (acidité gastrique insuffisante, IPP), diminution du pool biliaire |
| De sensibilité | Inflammation, motricité altérée, perte de tolérance envers le microbiote | Terrain génétique et immunitaire, souvent associée aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) |
Dysbiose colique ou de l’intestin grêle ?
Les symptômes se ressemblent, mais quelques indices aident à situer l’origine du déséquilibre :
| Intestin grêle (SIBO) | Côlon (dysbiose colique) | |
|---|---|---|
| Moment des ballonnements | Rapide : 30 à 90 minutes après le repas | Tardif : plusieurs heures après le repas, souvent en fin de journée |
| Localisation | Haut du ventre, autour du nombril | Bas-ventre, sur les côtés ou tout autour de l’abdomen |
| Gaz | Renvois et flatulences | Surtout des flatulences, parfois très odorantes |
| Réaction aux fibres et aux FODMAP | Intolérance rapide et marquée, même aux aliments « sains » | Gêne variable selon les quantités, fibres souvent tolérées et nécessaires |
| Retentissement | Carences (fer, B12), selles grasses, perte de poids, fatigue | Troubles du transit, fragilisation de la barrière intestinale |
Ces repères orientent l’enquête, mais ne suffisent pas à poser un diagnostic : les deux situations peuvent coexister, et un test respiratoire est nécessaire pour confirmer un SIBO.
Microbiote et santé globale
Un microbiote sain et équilibré produit suffisamment d’acides gras à chaîne courte (AGCC), les plus connus étant le butyrate, le propionate et l’acétate, à partir de différents prébiotiques apportés par l’alimentation. Ces acides gras à chaîne courte ont un rôle essentiel dans notre santé, dû à la multiplicité de leurs effets. Ils permettent notamment de :
- moduler le microbiote
- préserver l’intégrité de la muqueuse intestinale
- favoriser une bonne motilité et la sécrétion de mucus
- moduler la sensibilité viscérale
- favoriser un bon transit
- moduler le système immunitaire (rôle anti-inflammatoire),
- moduler les signaux relatifs à la prise alimentaire
- jouer un rôle essentiel dans l’équilibre métabolique, notamment au niveau du métabolisme du glucose, des lipides, du cholestérol et favorise une bonne sensibilité à l’insuline.
- exercer un effet protecteur au niveau cérébral et sur des fonctions neuronales
- Un rôle protecteur contre certains cancers et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin
En effet, ces acides gras à chaîne courte sont le carburant des cellules du côlon (butyrate) ou traversent les muqueuses intestinales (pour l’acétate et le propionate) pour rejoindre la circulation sanguine et ont des récepteurs un peu partout dans notre corps. Ils permettent de favoriser ou de temporiser les fonctions énoncées précédemment.
Microbiote et santé cardiovasculaire
Article de blog à venir
Microbiote et santé mentale
Article de blog à venir
Microbiote et élimination des œstrogènes
Article de blog à venir
La barrière colique
Comme dans l’intestin grêle, la paroi du côlon est protégée par du mucus, des jonctions serrées et le système immunitaire. Le mucus y est organisé en deux couches : une couche interne, dense, qui tient les bactéries à distance de la paroi, et une couche externe, qui leur sert d’habitat. Quand les fibres manquent, certaines bactéries se rabattent sur ce mucus pour se nourrir et l’amincissent. Le butyrate issu de la fermentation des fibres renforce au contraire les jonctions serrées : un microbiote bien nourri protège sa propre barrière.
Le transit
Le côlon réabsorbe l’eau et les électrolytes, puis fait progresser les selles par des contractions coordonnées. La durée de ce transit influence la composition du microbiote, et réciproquement. Un transit trop lent entraîne de la constipation, qui favorise la fermentation, la putréfaction et la dysbiose. Un transit trop rapide limite la réabsorption d’eau et donne des selles molles.
Comme pour l’intestin grêle, cette motricité dépend du système nerveux : le stress, via le système sympathique, peut la perturber dans un sens comme dans l’autre.
Ce que je vérifie en consultation
Les indices d’une dysbiose colique
- Le profil de la dysbiose avec des analyses spécifiques du microbiote
- Votre transit : fréquence, consistance des selles (échelle de Bristol), sensation d’évacuation incomplète
- Les gaz et ballonnements : leur moment dans la journée, leur odeur, ce qui les déclenche
- Les signes d’une barrière fragilisée : sensibilités alimentaires multiples, douleurs articulaires, troubles cutanés, fatigue
- Les signes à distance : troubles hormonaux (le microbiote participe au recyclage des œstrogènes), cystites ou mycoses à répétition
Le terrain et le mode de vie qui influencent son bon fonctionnement
- La quantité et surtout la diversité des fibres et des végétaux consommés
- Les polyphénols (fruits colorés, légumes, épices, cacao, thé)
- Un excès de protéines animales ou des protéines mal digérées en amont
- Vos traitements et antécédents : antibiotiques, IPP et autres médicaments, épisodes infectieux
- Le stress, le sommeil et l’activité physique
- La fonction thyroïdienne
- L’hydratation
- L’alcool et les additifs des produits ultra-transformés, comme certains émulsifiants
- Les variations hormonales du cycle, de la grossesse ou de la ménopause
- Ce qui arrive des étages supérieurs : protéines mal digérées (acidité gastrique insuffisante), sécrétion biliaire, dysbiose du grêle
En cas de sang dans les selles, de changement durable du transit (surtout après 50 ans) ou de perte de poids inexpliquée, consultez votre médecin en priorité.
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